« ils n’ont ni connaissance ni intelligence », nous dit le Psaume… (82, 5)

« ils marchent dans les ténèbres – toutes les fondations de la terre vacillent… »

Mais :

« les ténèbres ne règneront pas toujours sur la terre où il y a maintenant des angoisses… » annonce le prophète Esaïe (8,23).

 

Est-ce que ces deux paroles ne résument pas tout l’enjeu de l’histoire humaine…
et celui de notre chemin de foi ?

 

(1) Pour ce qui est des ténèbres, pas besoin de « théorie » – avec cette actualité si proche et si terrible : oui, l’humain « dans les ténèbres » peut… jeter la mort sur des populations civiles… sur des maisons d’habitations familiales… sur des hôpitaux… des maternités… sur des églises… des journalistes… et autres.                  Sans limites.

Chaque nouveau bulletin d’information réveille cet avertissement de l’apôtre Jean : « celui qui hait son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres, sans savoir où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux » (1 Jn 2,11).

Résonne également cet enseignement de Jésus, qui explique que « l’oeil de notre âme » – la manière dont nous regardons toutes choses – « est comme la lampe qui éclaire notre vie » : « Si ton oeil est en bonne santé », dit Jésus, « toute ta vie sera dans la lumière » ; « mais si ton oeil est en mauvais état » – si ton regard est malade – « tout sera dans les ténèbres ».

« Oui, si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres ! » (Mt 6, 22-23)

Nous ne savons pas pourquoi… mais nous sommes bien obligés de reconnaître qu’il y a une ombre qui pèse sur le destin de notre humanité depuis des temps…
pré-historiques ! Une ombre que la Bible appelle « ombre mortelle ».

Quand on s’effraie de toutes les violences détaillées dans la Bible, peut-être nous effrayons-nous en fait de la réalité de notre problème !

(2) Et c’est précisément dans cette réalité douloureuse que vient à nous cette annonce du prophète Esaïe… qui annonce de la venue du Christ :

« les ténèbres ne règneront pas toujours sur cette terre où il y a maintenant tant d’angoisses… »

Et nous savons très bien – n’est-ce pas ? – plusieurs millénaires plus tard, que cette annonce n’est pas une promesse facile de « lendemains qui chantent »… le rêve que Dieu viendrait mettre Lui-même un terme à notre barbarie, d’un coup de baguette magique !

Vue comme ça, c’est une prophétie qui ne peut pas s’accomplir.

Parce qu’en fait, c’est un appel urgent – qui nous est adressé à nous ;
à chaque être humain ; pour nous pousser à laisser entrer une Lumière AUTRE dans le fonctionnement de ce monde : la Lumière du Christ.

Qui vient montrer un chemin absolument étranger au fonctionnement de ce monde. Etranger à tous les pays du monde – quel que soit leur drapeau.

Cela aussi, il nous faut bien le reconnaître…

C’est le chemin du renoncement radical à toute forme d’atteinte à la vie humaine.

Sans conditions.

C’est le chemin d’une paix véritablement donnée – pas négociée.

Et par voie de conséquence, une paix qui ne peut pas être perdue.

C’est très précisément ce que Jésus certifie à celles et ceux qui accueillent sa Lumière : « Je vous donne ma paix ; je vous l’abandonne… – parce que je ne la donne pas comme le monde donne ».

Face à ce don radical, il n’y a en fait plus de guerre possible – parce que, pour faire la guerre, il faut avoir un ennemi, et il faut chercher à le vaincre.

Ce qui n’est absolument pas le chemin enseigné, et incarné, par Jésus-Christ.

C’est le témoignage donné, dans sa propre chair, au jardin de Gethsemani, avant même sa mise à mort sur un poteau de torture. C’est cette parole dite au disciple qui veut le défendre en dégainant son épée :

« Remet cette arme dans son fourreau – car quiconque se saisit d’une arme, une arme se saisira de sa vie » (Mt 26,52).

Chemin d’une victoire non pas « sur les autres » ; non pas sur le frère devenu ennemi, mais sur le mal lui-même. Qui est jeté dehors.

Une victoire réellement spirituelle – au sens fort.

Quand l’âme s’ouvre à cette « grande Lumière », qu’annonce le prophète Esaïe, il n’y a plus de place pour l’ombre porteuse de mort (cf. 1 Jn 1,5).

Alors ce soir, en ces temps si dramatiques, souvenons-nous que ce sont des hommes en armes – des militaires, des gardes, des aides de camp -qui ont été transpercés, parmi les premiers, par la Puissance non-violente de l’Amour du Christ.

Ce sont des hommes en armes qui disent du Christ :

« Jamais aucun homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7,46).

Puissions-nous nous laisser transformer nous aussi par sa Parole vivante et agissante

Philippe Rohr, culte musical à Carouge, 20 mars 2022