Prédication de la veillée de Noël 2018

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Réécouter la prédication d’Elisabeth Schenker de la veillée de Noël du 24 décembre 2018

1) Textes bibliques

Esaïe 62, 1-4

1 Je ne serai pas silencieux, je ne serai pas en repos jusqu’à ce que ressorte sa justice comme une clarté, et son salut comme un flambeau qui brûle.

 

2 Alors les nations verront ta justice, et tous les rois ta gloire, et on t’appellera d’un nom nouveau que la bouche de l’Eternel fixera.

3 Et tu seras une couronne de splendeur dans la main de l’Eternel, une couronne royale dans la paume de ton Dieu.

 

4 Tu ne seras plus dite délaissée, et ta terre ne sera plus dite désolée,

mais tu seras appelée : « mon désir[1] est en elle, mon désir est en lui »,

et ta terre sera appelée l’épousée.

Car l’Eternel met son désir en toi, et ta terre sera épousée.

 

Matthieu 1, 18-25                        

Voici comment se passa la naissance de Jésus-Christ : sa mère Marie était fiancée à Joseph. Et avant qu’ils ne vivent ensemble, elle fut trouvée enceinte par le fait de l’Esprit saint.

Joseph, son époux, qui était juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer chez ses parents, en secret.

Alors qu’il réfléchissait à tout cela, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, n’aie pas peur de prendre Marie avec toi pour femme. Ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit qui est saint. Elle mettra au monde un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus ; en effet il sauvera son peuple de ses péchés. Tout ceci est arrivé afin que soit accompli ce que Seigneur avait dit par l’intermédiaire du prophète :

« la jeune fille serra enceinte et elle mettra au monde un fils. Ils l’appelleront du nom d’Emmanuel », ce qui se traduit « Dieu avec nous ».

 

Réveillé de son sommeil, Joseph fit comme l’ange du Seigneur lui avait prescrit, et il prit sa femme chez lui.

Et il n’eut pas de relations avec elle jusqu’à ce qu’elle enfante un fils,

qu’il appela du nom de Jésus.

 

2) Prédication d’Elisabeth Schenker

 

4 Tu ne seras plus dite délaissée, et ta terre ne sera plus dite désolée, mais tu seras appelée : « mon désir est en elle, mon désir est en lui »,

et ta terre sera appelée l’épousée.

 

C’est bien de désir dont il s’agit, à la veille de Noël : le désir de Dieu.

 

Il faut croire qu’il fut un temps – et donc on peut croire qu’il reviendra – où les hommes n’avaient pas peur des mots…

Ou bien cela n’a rien n’avoir avec l’époque, mais avec les humains que nous sommes… Et que donc, en tous temps, il s’élève ça et là au milieu de nous des hommes, des femmes, qui n’ont pas peur des mots. Et encore moins peur de la vérité que les mots recouvrent.

Cette vérité-là du désir de Dieu pour les humains que nous sommes est vérité biblique, vérité d’évangile, vérité vraie : dans le livre d’Esaïe qui a ouvert notre soirée de prière, l’amour de Dieu pour son peuple, pour les humains se dit avec le vocabulaire du désir, de l’élan qui pousse vers l’avant,

de l’amour non pas émotionnel ou sensuel, qui chercherait à posséder,

mais de l’amour qui cherche l’autre simplement parce que la présence de l’autre est source de joie.

Au fil des livres de la Bible, le désir de Dieu pour l’humanité apparaît plus d’une centaine de fois : l’amour de Dieu pour nous y est décrit comme son aspiration profonde à la rencontre, intime, comme un élan vers ce que chaque être humain a de plus unique, comme une soif d’amour. La soif d’un amour qui attend que se creuse au plus profond de nos cœurs, une place, pour Lui.

Une place depuis laquelle il pourra féconder nos vies.

 

Que l’on y croie ou pas, l’amour de Dieu, pour chacune et chacun de nous

c’est le seul amour qui ne demande aucune contrepartie.

C’est comme ça, et c’est là le sens profond de Noël.

Que l’on y croie ou pas, cet amour-là c’est un amour qui prend en compte toutes les dimensions de notre être, dans le plus grand respect de notre liberté, si fragile.

 

Et pourtant, ce jour encore, cet amour-là n’a toujours pas été compris à sa juste mesure…. C’est que peut-être, justement, il n’en n’a pas, de mesure.

Pourquoi alors entend-on si peu parler de désir de Dieu dans les Eglises, mais surtout des obligations et du devoir des hommes ?

Pourquoi ? Alors que ce désir de Dieu pour les humains que nous sommes éclate un peu partout dans la Bible !

 

C’est peut-être que le désir fait peur, car il bouscule les habitudes,

il bouscule les certitudes et nous pousse en avant.

Le désir a fait peur aux religieux de tous bords, à part quelques mystiques.

Le désir a fait peur à nombre de traditions religieuses qui ont préféré mettre le matériel d’un coté, celui que l’on dénigre, et de spirituel de l’autre, qui serait autrement plus estimable…

 

Et ce qui paraît un peu fou, quand on y pense, c’est que le désir a continué à faire peur aux églises chrétiennes, alors que toutes les églises chrétiennes sont nées justement à cause du Dieu le charnel qui soit.

Les églises chrétiennes sont toutes en effet nées d’un Dieu qui est venu se nicher au plus secret d’un ventre de femme, pour être corps.

 

Tu ne seras plus délaissée,

Et tu seras appelée « mon désir est en elle, mon désir est en lui »

 

Il faut croire qu’il fut un temps – et donc on peut croire qu’il reviendra –

où les hommes n’avaient pas peur de leur corps,

n’avaient pas peur d’être corps…

Ou bien, cela n’a rien à voir avec l’époque, mais avec les humains que nous sommes, et que donc, en tous temps, il se lève ça et là des hommes, des femmes, qui n’ont pas peur d’être corps en même temps que souffle,

et qui ont moins peur encore de la vérité de ce corps-là.

Il faut dire que le corps ne ment jamais. Notre corps ne le sait pas

Il ne le peut pas.

Et voilà que Dieu va prendre corps, voilà que Dieu a pris corps d’homme,

de petit d’homme.

L’évangile, à son origine, nous met le corps d’un nouveau-né dans les bras, nous met dans les bras un enfant qui vient au monde comme naissent tous les enfants, et nous dit :

voilà votre Dieu !

 

Voilà ton Dieu….

Parce que tu es fragile, par amour,

il s’est fait fragile aussi.

Tu comptes sur Lui ?

Tu as raison.

Et parce que tu comptes sur lui,

il compte aussi sur toi…

Avec Noël nous ne sommes par sur une terre de certitudes,

c’est sur un chemin de confiance que nous sommes engagés.[2]

 

Et c’est une vie toute entière que nous avons dès lors à laisser féconder par le désir de Dieu, qui pour nous, a pris corps.

 

Amen

 

[1] Chaphets : Souvent traduit par plaisir, la première signification du verbe est désirer, du mot est désir. Le verbe revient 77 fois dans 24 livres sur 37 et le mot 50 fois !

[2] D’après Marion Muller-Colard. L’Intranquillité