Prédication d’Elisabeth Schenker du 3 mars 2019

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1) Textes bibliques

 

Extrait du Psaume 90

 

1 Eternel, d’âge en âge, tu as été pour nous un refuge

2 Avant que les montagnes aient été enfantées et que tu aies enfanté la terre et le monde,

depuis toujours et pour toujours, toi, tu es Dieu.

3 Tu fais revenir l‘homme à la poussière,

et tu dis : fils de l’être humain, revenez !

[…]

Reviens, éternel !… Jusqu’à quand ?

Aies pitié de nous, tes serviteurs !

Rassasie nous dès le matin de ta grâce, nous crierons de joie pendant le jour.

Rends-nous en joie les jours où nous avons été dans la peine,

Autant d’années que nous avons vu le malheur.

Que ton action nous apparaisse, à nous, tes serviteurs, et ta splendeur sur ceux qui viendront après.

Que la douceur[1] de l’Eternel, notre Dieu, soit sur nous.

Affermis pour nous l’action de nos mains ;

oui, affermis l’action de nos mains !

 

 

Lectures Luc 6, 31-35

31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous,

de même faites-le pour eux.

32 Si vous aimez ceux qui vous aiment[2], quelle vous en est la grâce[3] ? En effet

ceux qui font fausse route – les pécheurs – aussi aiment ceux qui les aiment.

33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle vous en est la grâce ? les pécheurs font la même chose.

34 Et si vous prêtez de l’argent à ceux dont vous espérez recevoir, quelle vous en est la grâce ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir en retour la même chose.

35 Au contraire, aimez ceux qui vous détestent, et faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour, et ce que vous y gagnerez[4] sera grand[5] : vous êtes[6] les fils du Très-Haut, parce que lui est bienfaisant et bon[7] pour les sans-grâce, les ingrats[8] et pour ceux qui sont en peine[9]

Lectures Luc 6, 36-45

36 Soyez compatissants[10] comme le Père qui est vôtre est compatissant.

37 Et ne vous posez pas en juges[11], vous n’êtes pas jugés[12] ; ne condamnez pas[13], vous n’êtes pas condamnés ; rendez libres[14] et vous serez libres. 38 Donnez, et à vous il sera donné une bonne mesure, bien tassée, secouée, débordante, dans le sein qui est vôtre[15]. En effet, c’est par la mesure avec laquelle vous mesurez qu’il sera mesuré pour vous en échange[16].

39 Et ensuite il leur dit aussi une parabole :

« est-ce qu’un aveugle peut diriger sur le chemin[17] un aveugle ? Ne tomberont ils pas tous les deux dans un trou ?40 Le disciple n’est pas au dessus du maître, cependant une fois parfaitement dirigé[18], chacun sera comme celui qui lui a enseigné.

41 Pourquoi donc regardes-tu la paille, celle qui est dans l’œil de ton frère, alors que tu n’as pas conscience[19] de la poutre qui est dans ton œil à toi ?

42 Comment peux-tu dire à ton frère : « frère, laisse aller, que j’enlève la paille qui est dans ton œil, toi-même ne regardant pas la poutre qui est dans ton œil ?

Homme au jugement sommaire ![20], Enlève d’abord la poutre hors de ton œil à toi, et alors tu verras clair pour enlever la paille, celle qui est dans l’œil de ton frère.

43 En effet, il n’y a pas de bel arbre qui fasse un fruit pourri. Ni d’avantage d’arbre pourri faisant un beau fruit. 44 Car chaque arbre se connait à son propre fruit. Ce n’est pas sur des épines que l’on récolte des figues, ni sur la ronce que le raisin se vendange.

45 L’être humain qui est bon[21] met en lumière[22] du bon, tiré du bon trésor du cœur ;

Et de ce qui est en peine, celui qui est en peine[23] met en lumière de la peine.

C’est du cœur qui déborde[24] que parle en effet sa bouche.

 

2) Prédication d’Elisabeth Schenker

 

Voilà 8 ans que Desmond Tutu s’est retiré de la scène internationale, mais il arrive encore que sa s’élève pour défendre la non-violence et la paix.

Vous le connaissez peut-être : il est anglican, il était archevêque ; en 1984 qu’il a reçu le prix Nobel de la paix. C’est lui a été pendant deux ans le président de la commission de la vérité et de la réconciliation, à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

Cette commission portait bien son nom, puisque son but était de recenser toutes les violations des droits humains commises pendant la politique de l’apartheid, tous les crimes ; d’entendre le cri des victimes, et de permettre aux coupables de mesurer l’horreur de leurs actes et de demander pardon aux survivants. Le but de cet énorme travail collectif était de chercher ensemble comment réparer les horreurs subies pour restaurer le lien social, entre des personnes appelées à vivre ensemble après s’être mutuellement meurtries.

Desmond Tutu est aussi depuis 2009 docteur honoris causa de notre faculté de théologie.

Cette année là, c’est sa réputation qui m’a amenée à la cathédrale, le jour du dies académicus, avec une amie. La curiosité, aussi.

Lors de la cérémonie, il a pris la parole, en balayant la foule de ses yeux brillants de bienveillance, et en les plantant dans tous les regards que rencontrait le sien.

Une parole qu’il a dite alors s’est fichée en moi et m’a émue au plus profond, une seule :

et c’est celle que nous dit ce passage de l’évangile aujourd’hui.

Pourtant, avant ce jour-là, je n’avais encore jamais été capable de l’entendre, et encore moins de la prendre, pour moi.

Il a dit : « enfants de Dieu … »

Enfants de Dieu, nous -tous- nous avons été créés pour la convivialité, pour la fraternité, pour l’unité, comme des membres d’une seule et même famille…

toi… toi… toi… tu es enfant de Dieu »

En sortant de la cathédrale ce jour-là, je ne me souviens pas s’il faisait beau ou pas, s’il faisait chaud ou non, mais j’avais le regard de ce vieux pasteur dans les yeux, et cette affirmation dans le cœur.

C’était le 450ème anniversaire de la faculté, et la cérémonie avait été organisée autour de la question des droits de l’homme. Bien sûr, Desmond Tutu a rappelé que nous avions besoin les uns des autres. Que nous avions besoin de nos différences pour pouvoir devenir pleinement qui nous sommes ; et qu’ensemble, en tant que membres d’une même famille humaine, nous avions le pouvoir de rendre ce monde -notre monde- plus fraternel et plus juste ;

Le pouvoir de faire un jour en sorte que plus aucun enfant de meure de faim, en unissant nos efforts. Le pouvoir de faire en sorte qu’un jour tout être humain ait de l’eau propre, un toit décent, un accès libre à l’éducation. Celui un jour, de faire cesser les guerres et de vivre en paix,

tous libres enfin, et heureux …

 

Mais de cela, je ne me suis souvenue qu’après, en traversant le parvis de la cathédrale, quand l’amie qui était avec moi m’a confié sa profonde contrariété :

« Je ne sais pas toi, disait-elle, mais ce genre de sermon me met toujours mal à l’aise. Je me sens toujours infiniment mal à l’aise devant l’ampleur de la tâche et le peu que je fais concrètement, pas toi ?

On n’est pas tous des Desmond Tutu enfin….

Il est sympa à nous dire que c’est nous le bras de Dieu, et qu’ensemble nous pouvons changer le monde ! D’abord ce n’est pas vrai, et puis moi, disait-elle, je n’ai pas envie de me sentir coupable parce que je suis née dans un pays que l’on dit riche…

Mais je me sens coupable quand même : c’est vrai, je ne milite même pas activement dans une association humanitaire. Je donne bien à quelques œuvres ici et là mais bien sûr, cela ne suffit jamais, même pour me donner bonne conscience ; de toutes façons il n’y a que la misère qui soit inépuisable, et la misère, je la vois tout aussi bien ici… La misère, ce n’est pas seulement une question d’argent…Je signe bien quelques pétitions pour la défense des droits de l’homme, surtout des droits la femme et des enfants, mais je n’en vois jamais de résultats positifs.

Pour dire le vrai, je me sens profondément impuissante à changer quoi que ce soit dans ce monde. Impuissante à contrer la course à la consommation dans laquelle notre monde s’est engagé, et encore plus à mettre fin aux guerres qui ravagent la planète.

Je ne te parle même pas du réchauffement climatique, et encore moins des embrouilles familiales dans lesquelles je suis née, et avec lesquelles je n’ai pas fini de me débattre.»

 

J’aurais pu dire pratiquement la même chose, au fond.

Mais là, en descendant la Treille en l’écoutant, je me suis rendue compte que de tout ce qu’avait dit Desmond Tutu, en fait, pour une raison assez mystérieuse, je n’avais retenu qu’une chose, une seule : « enfant de Dieu : toi, tu es enfant de Dieu ».

J’en avais oublié tout le reste.

C’était comme si j’avais appris une vérité cachée de ma nature profonde. Sur la nature profonde de tous les autres êtres humains. Comme si, pour la première fois je m’étais sentie aimée, profondément aimée, pour qui j’étais, sans rien avoir à faire.

J’avais trouvé ma vraie nature : « enfant de Dieu » … et cette nature, humaine, partagée avec l’ensemble de l’humanité me rendait tellement confiante, et légère…

 

D’accord me direz-vous, mais cette notion de nature humaine est sujette à caution. Personne en effet à ce jour n’a réussi à établir l’ensemble des traits qui pourraient caractériser le genre humain tout entier, et dire ce qui est l’essence commune de tout être.

Sartre l’affirmait assez clairement d’ailleurs : « il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir […] rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il a projeté d’être »[25].

Bien d’autres voix depuis ont rejoint la sienne, démontrant que philosophiquement du moins, l’homme n’a pas de nature, seulement une condition et une histoire.

 

Alors je ne suis pas philosophe, et pour Dieu, je ne sais pas ;

mais pour ce qui est du Christ, je suis sûre.

Sûre aussi que Sartre n’a probablement jamais lu les évangiles ou alors dans une traduction comme nous en connaissons tous : affreusement marquée par une conception d’un Dieu juge qui ne rate personne au tournant.

Même ce que Jésus dit là, dans l’évangile de Luc, est desservi par l’idée préconçue d’un Dieu terrible dans nombre de traductions ; un Dieu qui attend sa créature au tournant de la mort, après l’avoir abondamment mis à l’épreuve durant sa vie terrestre… Paradis ou enfer ?

Nos actions auront-elles été assez bonnes pour avoir droit d’être du bon côté du ciel ?

 

A la lumière de ce que semble nous demander Jésus ici, si on lit un peu vite, il y a bien peu de chances que nous nous en sortions tout seuls :

Franchement, qui peut se vanter de faire toujours à autrui ce qu’il aimerait qu’il lui soit fait ?

Qui peut dire aujourd’hui que nous arrivons à aimer ceux qui nous détestent ?

Qui peut dire que ce que nous prêtons au autres, que ce que nous leur donnons, nous n’en attendons pas, sinon des intérêts, mais au moins un renvoi d’ascenseur comme on dit, une réciprocité.

Ne nous leurrons pas : la réciprocité est un vrai besoin humain, et de surcroît tout à fait légitime, en amitié, du moins.

Alors ?…

Alors voilà, c’est peut-être bien qu’en fait, nous sommes du côté des pécheurs : nous n’aimons que ceux qui nous aiment, nous ne savons donner qu’en comptant bien recevoir en échange.

Nous ne savons que faire des ingrats, des sans-grâce, tous ceux qui nous tournent le dos sans le moindre merci… Nous ne les aimons pas.

 

« Vous êtes fils du Très-Haut » nous dit quand même la voix de Jésus.

Vous « êtes », quoique vous fassiez, parce que Dieu est bienveillant et bon, utile même, – et la traduction serait juste -, à eux qui sont sans-grâce, les ingrats, et à ceux qui sont dans la peine.

Peut-être sommes nous tous pécheurs, mais alors il vaut bien de s’arrêter un peu sur ce mot traduit du grec, « pécheur », et qui est presque invariablement traduit comme ça parce qu’il dit bien plus de choses sur la théologie qui est derrière, que de la réalité qu’il veut signifier. Littéralement, ce mot grec désigne quelqu’un qui fait fausse route, qui manque son but, qui erre.

En fait, ce qu’on appelle le péché, écrivait un prêtre franciscain[26], « le péché de l’homme, de la femme, est essentiellement une relation filiale rompue ».

Le péché de l’homme, de la femme, c’est de ne pas savoir, de ne plus savoir qu’il est fils du Très-Haut. De l’avoir oublié. De ne pas en avoir conscience.

Le péché, « c’est une relation filiale rompue, où l’homme façonné par l’amour créateur de Dieu méconnaît par inconscience, orgueil, ingratitude, son propre mystère. Il va se détruire en voulant se suffire à lui-même »[27]

La voix de Jésus nous le rappelle :   « vous êtes fils du Très-Haut ». Bonne nouvelle !

 

Vous êtes, même si vous êtes aujourd’hui du côté des sans-grâce, des sans-joie, des ingrats.

Et entendez bien : « Vous êtes », pas vous serez : en effet en grec le futur n’existe pas au sens que nous lui donnons, au sens de quelque chose qui arrivera demain, si toutefois nous faisons ce qu’il faut aujourd’hui[28], ou si Dieu le veut bien, non : la forme du futur en grec ancien dit le désir de celui qui parle, sa volonté pour le futur.

 

Vous êtes « Enfant de Dieu » nous dit le Christ.

Toi, tu es enfant de Dieu …

Même quand tu n’arrives pas à aimer ceux qui te détestent et à faire tout le bien que tu voudrais.

Même quand tu es sans grâce et que tu es dans la peine.

 

Ceux qui sont dans la peine : Πονηρος, ce mot grec vous le trouverez presque toujours traduit par « méchant, mauvais ».

On a tellement de mal à renoncer à un Dieu qui nous ressemble !

Comme si nous étions sourds encore aux paroles du Christ, aveugles au don qu’il nous a fait de sa présence. Et un aveugle peut-il conduire un aveugle ?

Πονηρος pourtant, ce n’est ni méchant ni mauvais, c’est avant tout ce qui est dans la peine, plein de peine, c’est en grec celui qui souffre, celui qui est malheureux, infortuné.

C’est aussi ce qui est en mauvais état, ou défectueux, ou malade.

Il est très dur de renoncer à un Dieu que nous avons tricoté à notre image, et qui nous ressemble.

Un Dieu binaire : noir ou blanc – Bon ou mauvais – bien ou mal – gentil ou méchant.

Jésus le dit pourtant ici :

Dieu ne connaît qu’une seule catégorie : enfant.

Une catégorie dans laquelle se trouvent ensemble ceux qui le savent comme ceux qui ne le savent pas. Ceux qui on perdu leur chemin comme ceux qui tiennent leur cap.

Ceux qui sont dans la grâce du don de soi, la joie du don, le plaisir du don, dans la charis, la grâce, tout comme ceux qui sont remplis de peine

 

Et n’est-ce pas alors un sens tout autre qui émerge ?

45 L’être humain qui est bon met en lumière du bon, tiré du bon trésor du cœur ;

Et de ce qui est en peine, (pas du mauvais), celui qui est en peine (pas le méchant) met en lumière non pas du méchant, mais de la peine, ce qui cause de la peine.

C’est du cœur qui déborde que parle en effet sa bouche.

 

Oui, mais me direz-vous, juste après nous avoir rappelé que quoique nous fassions, nous restons les fils et les filles du Très-haut, parce que là est notre vraie nature, Jésus nous passe quand même une sacrée bordée :

Soyez compatissants, ne vous posez pas en juges, ne condamnez pas, rendez libres, donnez !

Vous qui jugez bien sommairement, occupez-vous de la poutre qui est dans votre œil avant de vous inquiéter de la paille dans celle du voisin.

 

Certes…

mais surtout, au cœur de ce passage, Jésus nous dit disciples.

Et là aussi, il est beau de voir que le disciple, en grec, désigne avant tout celui qui a le désir d’apprendre.

Etre compatissant, ne pas se poser en juge, ne pas condamner, rendre l’autre libre, donner sans rien attendre, aimer jusqu’à ceux qui nous détestent…

il est bien certain que peu d’entre nous peuvent se dire à la hauteur de ce que nous demande le Christ. Par contre, être ses disciples, avoir le désir d’apprendre à aimer,

ça nous le pouvons.

Nous laisser former parfaitement par lui, ça, c’est possible.

 

Et d’autant plus si nous nous savons aimés, parfaitement, tout imparfaits que nous soyons,

Aimés d’un amour qui n’attend aucune réciprocité et qui nous rend capable de grandir, de renouer avec notre nature profonde

 

« Toi, tu es enfant de Dieu »

 

En nous rappelant quelle est notre nature originelle, Jésus donne un sens à notre vie, il nous donne à la fois un but personnel et un horizon commun. Une cause commune.

Commençons déjà par nous laisser aimer :

 

« Cher enfant de Dieu, écrit Desmond Tutu dans l’un de ses livres… Cher enfant de Dieu, il t’est souvent difficile dans notre monde de te rappeler que Dieu t’aime tel que tu es.

Dieu ne t’aime pas parce que tu es bon. Non, Dieu t’aime, un point c’est tout.

Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables.

Non, nous sommes aimables précisément parce que Dieu nous aime. Quand tu viens à comprendre que tu es accepté pour ce que tu es, indépendamment de toute réalisation, tu es envahi d’un sentiment merveilleux. Et si libérateur.
Nous avons trop souvent l’impression que l’amour de Dieu est conditionnel, comme l’est notre amour pour les autres. Au lieu de nous voir nous-mêmes à l’image de Dieu, nous avons fait Dieu à notre image. Nous avons rabaissé l’amour de Dieu et réduit notre existence à un effort continuel pour prouver notre valeur.

Notre culture en est une de la réussite et nous transposons les attitudes qui la caractérisent dans notre relation avec Dieu. Nous nous échinons à impressionner tout le monde, y compris Dieu. Nous nous efforçons d’obtenir l’approbation et l’acceptation de Dieu. Nous sommes incapables de croire que notre relation avec Dieu, notre présence devant Dieu, n’a rien à voir avec notre productivité, avec nos œuvres.
Quelqu’un a dit : « Il n’y a rien que tu puisses faire pour que Dieu t’aime davantage, parce que Dieu t’aime déjà parfaitement et totalement. »
Plus merveilleusement encore, il n’y a rien que tu puisses faire pour que Dieu t’aime moins – absolument rien, parce que Dieu t’aime déjà et t’aimera à jamais »[29]

 

Amen

 

 

 

[1] Ou la beauté

[2] Αγαπαω de aga, bon et pao le berger : c’est l’amour du bon berger. Se traduit par prendre soin

[3] Χαρις la grâce, la joie, le plaisir, les délices, la douceur, le charme, la tendresse. Bonne volonté, affectueuse bonté, faveur. Ce qui est dû à la grâce. Dans son sens premier, n’est jamais utilisé pour dire la récompense, et encore moins la reconnaissance.

[4] Μισθος : le salaire, les honoraires, la solde, la récompense,

[5] Πολυς : nombreux, beaucoup. Le substantif correspondant est souvent traduit par multitude. Abondant, vaste, grand.

[6] Le futur en grec ancien n’existe pas : il a une valeur désidérative, volitive. C’est une « revendication de futur » (Andrea Marcolongo, la langue géniale, 9 bonnes raisons d’aimer le grec. p. 36)

C’est comme si Jésus disait ici : je veux que vous soyez les fils du Très-Haut.

[7] Χρηστος : dont on peut se servir, de bonne qualité en parlant des aliments, bon à manger, excellent – Noble honnête- adulte, heureux. Qui rend service, bon, dévoué, serviable, obligeant. Bienfaisant secourable.

[8] Αχαρις : sans grâce, sans joie, sans plaisir. Non gracieux, déplaisant. Très secondairement, sans reconnaissance, ingrat

[9] Πονηρος : qui est dans la peine, qui souffre, malheureux, infortuné. Qui est en mauvais état, d’où de mauvaise qualité, défectueux. Chétif ou maladif. Et par suite seulement, méchant, mauvais, pervers. Lâche. Qui cause de la peine, de la fatigue.

[10] De Οικτος : lamentation. Pitié, compassion. Désigne les entrailles d’où vient la compassion : être pris de pitié

[11] Κρινω son sens premier est séparer, d’où trier. Distinguer, choisir. Et par suite seulement, décider, trancher, juger un procès, poursuivre en justice, accuser. Condamner. Et encore, résoudre, interpréter.

Κρισις action ou faculté de distinguer, et par suite, action de choisir. Par suite, action de séparer, d’où contestation, dissentiment. Décision judiciaire, condamnation, jugement.

Phase décisive d’une maladie, crise. Explication, interprétation d’un songe.

[12] Aoriste subjonctif passif. Ce n’est pas un futur, et d’ailleurs en grec ancien, le futur n’existe pas.

[13] Καταδικαζω prononcer un jugement contre, condamner, condamner à une peine, condamner à mort, punir.

[14] Απολυω délier, détacher. Mettre au jour. Libérer un captif moyennant rançon. Absoudre quelqu’un d’une accusation. Acquitter d’une dette. Congédier, renvoyer. Acquitter une dette, couvrir une dépense. Affranchir, libérer. Délivrer, détacher de soi, décharger, disculper.

[15] Κολπος : sein. Sein de la mère ou de la nourrice. Ventre, entrailles. Secondairement, pli d’un vêtement. Sein de la mer, de la terre. Cavité, vallée profonde.

[16] Αντιμετρεω mesurer en échange, donner en compensation.

[17] Οδο ηγεομαι marcher devant, d’où conduire, guider. Donner l’exemple. Faire le premier pas. Diriger, commander.

[18] Καταρτιζω : ici au parfait passif. Être dirigé, être ordonné (mis en ordre…) ; être formé en un tout, d’où : être unifié. Être parfaitement équipé.

[19] Κατανοεω se mettre dans l’esprit, d’où comprendre. Remarquer ou comprendre que. Observer, méditer, réfléchir. S’instruire de, apprendre. Avoir sa connaissance : avoir conscience.

[20] υποκριτης celui qui donne une réponse. Interprète d’un songe, d’une vision. Acteur, comédien. Fourbe, hypocrite. Υποκρινω signifie séparer sommairement, distinguer un peu. Répondre. Donner une réplique dans un dialogue de théâtre. Jouer un rôle. Contrefaire, feindre

[21] Αγαθος en parlant d’une chose : bon, de bonne qualité. En parlant d’une personne : noble, de bonne naissance, de bonne famille. Brave. Bon, accompli en son genre. Bon pour quelque chose, propre à-. Honnête, simple. Sage et bon. Bienveillant. Prospère, heureux.

[22] Προφερω porter en avant, apporter, mettre au jour, produire, énoncer, proférer, annoncer. Porter devant d’où : porter une lumière. Mettre en lumière

[23] Πονηρος qui est dans la peine, plein de peine, qui souffre, malheureux, infortuné. Ennui, difficulté. Qui est en mauvais état, d’où : de mauvaise qualité, mauvais, défectueux. Mauvais, d’un caractère ou de condition mauvaise. Infirme. Méchant, mauvais. Qui cause de la peine, de la fatigue. Pénible.

[24] Περισσευω être en plus. Déborder. Être surabondant, en excès. Surabonder, avoir en surabondance.

[25] JP Sartre, l’existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 19662, p. 21-22-23

[26] Michel Hubaut

[27] Id

[28] Andrea Marcolongo, la langue géniale, 9 bonnes raisons d’aimer le grec. p. 36

[29] Desmond Tutu, extrait de Dieu fait un rêve