Un peu plus de lumière dans nos vies ?

Prédication du premier Avent, 2 décembre 2018, par Elisabeth Schenker, pasteure de Carouge

 Predication Avent-2018 (en pdf)

 

 

1) Textes bibliques

 

Ouverture

1 Le peuple de ceux qui marchent dans l’obscurité

a vu une grande lumière,

une lumière a brillé sur ceux qui habitent

dans le pays de l’obscurité profonde.

2 Dieu vivant, tu as fait l’humanité nombreuse,

pour elle, tu as fait grandir la joie.

Ils se réjouissent devant toi

comme on se réjouit des moissons,

comme on jubile au partage des richesses[1].

 

Psaume 25

1 Vers toi Le Vivant je me lève,

mon Dieu, j’ai mis ma confiance en toi : ne me déçois pas !

4 Fais-moi connaître tes chemins, apprends-moi tes voies.

5 Fais-moi avancer par ta vérité et instruis-moi ;

car tu es le Dieu de mon salut, je t’espère sans cesse

6 Dieu Vivant, souviens-toi de ta miséricorde

et de tes fidélités, car elles sont depuis toujours.

7 Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse

ni de mes révoltes ; souviens-toi de moi selon ta propre fidélité, à cause de ta propre bonté, Dieu VIvant !

16 Tourne-toi vers moi et fais-moi grâce,

car je suis seul et pauvre

17 La détresse a rempli mon cœur,

fais-moi sortir de mon désarroi.

18 Regarde mon chagrin et ma peine,

pardonne tous mes péchés.

20 Garde-moi vivant et délivre-moi,

que je ne sois pas déçu !

C’est en toi que je trouve un abri.

21 Que l’intégrité et la droiture me préservent,

car je t’espère !

 

 

Lectures

Esaïe 42, 6-16

6 Moi, le Vivant, je t’ai appelé pour la justice

et je te prends par la main.

 

Et je te préserve[2],

pour faire de toi l’alliance du peuple,

la lumière de l’humanité,

7 pour ouvrir les yeux aux aveugles,

pour faire sortir les aliénés de leur prison,

pour faire sortit ceux qui habitent dans l’obscurité.

8 Je suis le Vivant, c’est là mon nom,

et je ne donnerai pas ma gloire à un autre,

ni ma louange aux statues.

9 Le passé est passé,

et moi, je vous annonce du nouveau :

je vous le fais entendre avant que cela ne germe !

10 Chantez pour le Vivant un chant nouveau,

chantez ses louanges depuis l’extrémité de la terre !

 

Luc 17, 20-21

 20 Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu.

Il leur répondit : 

« Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 

21 On ne dira pas « Il est ici ! » ou « Il est là-bas ! »

Car voici : le royaume de Dieu est au milieu de vous,

le royaume de Dieu est en vous. »[3] 

 

 

Envoi

16 Je ferai marcher les aveugles sur un chemin

qu’ils ne connaissaient pas,

je les conduirai par des sentiers

qu’ils ne connaissaient pas

Je changerai devant eux l’obscurité en lumière

et les détours en ligne droite.

C’est bien cela que je ferai,

et je ne les abandonnerai pas ! [4]

1 Lève-toi, oui ! et brille !

Ta lumière arrive, la gloire du Dieu Vivant est venue sur toi [5]

 

 

 

2) Prédication d’Elisabeth Schenker

 

9 Le passé est passé,

et moi, je vous annonce du nouveau :

je vous le fais entendre avant que cela ne germe !

 

Que pouvons-nous entendre de vraiment nouveau pour que ce Noël qui s’avance soit une véritable fête, une fête quoiqu’il arrive ?

Si l’on en croit les paroles du livre d’Esaïe,

ce nouveau n’a pas encore germé.

Ce serait une sorte de graine…

 

Une graine de lumière, nouvelle. Une graine de joie, nouvelle…

 

Mais dites-moi, qui y croit encore, aux paroles de ce vieux livre ?

« Vous y croyez, vous ? » Me demandait le fils d’une très vieille dame qui m’attendait de pied ferme, un après-midi où je rendais visite à sa mère, dans une maison de retraite du canton.

 

« Parce que franchement, a-t-il continué très vite,

de lumière et de joie, Il n’y en n’a pas tant autour de nous. Et ça, on peut le voir même en étant aveugle »

 

La vieille dame a éclaté de rire, et m’a expliqué que comme son fils était un taiseux, elle s’était mise à lui parler de ce qu’elle était en train de lire avant son arrivée.

 

Elle relisait le livre d’Esaïe, et justement ce passage :

 

Une lumière a brillé sur ceux qui habitent dans le pays de l’obscurité profonde …

Dieu vivant, tu as fait l’humanité nombreuse,

pour elle, tu as fait grandir la joie.

 

Elle devait bien le connaître, son fils aîné qui approche les 75 ans, parce qu’il s’est mis à parler avec fougue, en me prenant à témoin

« Alors, ça, c’est sûr ! » m’a-t-il dit, « l’humanité est nombreuse, et de plus en plus nombreuse même ! mais la joie n’a pas grandi en parallèle.

Vous vous rendez compte ?alors qu’il a fallu attendre des millénaires pour que la population mondiale atteigne le milliard d’individus, 130 ans à peine ont suffit pour qu’elle double, puis en 30 ans elle a atteint 3 milliards. 15 ans plus tard, la voilà frisant les 4 milliards.

D’après les statistiques de l’ONU  on atteindra les 8 milliards d’êtres humains dans 4 ans ! Vous trouvez que c’est bon signe, ça ?

Et non, la joie n’a pas grandi pour autant :

il suffit de regarder autour de nous pour nous en rendre compte : c’est l’inquiétude qui grandit,

Les ressources de notre planète s’épuisent. Le climat change et menace son équilibre. Le niveau de vie qui est le nôtre, un petit nombre seulement d’êtres humains pourront en bénéficier.

Quel avenir pour notre planète, quel avenir pour les générations futures ?

Il est où, ce royaume de Dieu, ce monde plus juste, plus beau,

où il fait bon vivre, qui est promis depuis des milliers d’années ? »

 

C’est drôle, parce que les pharisiens se posaient exactement la même question. Non que je veuille traiter ce monsieur de pharisien, parce qu’avec le

temps, « pharisien », c’est devenu tout le contraire d’un compliment. Ce monsieur au contraire m’a touchée et m’a donné à réfléchir. Il n’a de commun avec les pharisiens de l’époque de Jésus que cette question, qui n’est pas des moindres.

« il est où ce Royaume de Dieu ? » Sous-entendu : parce qu’on aurait bien besoin qu’il arrive, et qu’on nous a annoncé un messie qui allait tout faire…

 

Pour le reste, ses propos montraient sa totale authenticité, et sa quête. Ce dont les pharisiens étaient dépourvus, et c’est ce que leur reprochait Jésus d’ailleurs : leur manque d’authenticité, et leurs réponses toutes faites.

 

Au moment où ils posent cette question à Jésus, les pharisiens sont sans doute déjà passablement énervés : voilà un homme qui vient bousculer leur petit train-train religieux, en dénonçant tous ceux qui se réclament de Dieu et qui ne sont pour autant ni plus humains, ni plus solidaires, ni plus attentifs aux autres, notamment les plus fragiles.

Un Homme qui vient affirmer qu’il est impossible de rendre un culte vrai à Dieu sans prendre en compte son prochain. Un homme qui dit être l’envoyé de Dieu, du Dieu Vivant, de l’Eternel. Si c’était vrai, on attendrait donc qu’il le mette en place, ici et maintenant, comme ça, tout cuit, ce royaume tant attendu promis par Dieu et annoncé par les prophètes ?

Les pharisiens déjà l’attendaient depuis des millénaires !

Et voilà que Jésus leur répond que ce qu’ils attendent, cela peut arriver, c’est parfois déjà-là, cela arrivera, immanquablement, un jour mais …

 

Pas comme ils l’imaginent :

« Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 

 

Et pas sans eux… pas sans nous

 

« Car voici : le royaume de Dieu est au milieu de vous, le royaume de Dieu est en vous, il est au milieu de vous. » 

 

Les pharisiens attendaient un sauveur, le sauveur, qui allait mettre en place le Royaume de Dieu,

et le voilà, ce « Royaume », comme une graine,

remise à nos bons soins…

 

Je reviens dans la chambre de cette dame,

parce qu’au moment où j’ai évoqué cette réponse de Jésus, c’est le monsieur qui a éclaté de rire,

et qui a dit :

c’est pire qu’Ikéa alors ! Ikea, au moins, ils donnent un mode d’emploi ! »

 

Et oui, nous voilà avec rien de moins que le Royaume de Dieu à construire, sans mode d’emploi.

Tant mieux me direz-vous d’ailleurs, parce que les modes d’emploi genre Ikéa, c’est pas un cadeau, et en plus, il manque souvent des pièces…

 

Pas de mode d’emploi donc,

mais pas seuls, loin de là :

et si Noël ce n’était pas seulement notre attente, mais plutôt celle de Dieu qui attend les hommes et les femmes que nous sommes ?

 

Celle du Dieu Vivant qui nous attend patiemment, chacune, chacun, une année après l’autre,

qui nous attend et se tient prêt à faire grandir en nous

les graines de l’avenir, qu’il a semées ?

 

9 Le passé est passé,

et moi, je vous annonce du nouveau :

je vous le fais entendre avant que cela ne germe !

 

Si Noël, ce n’était pas la promesse de la venue d’un sauveur qui ferait à notre place mais celle d’un sauveur qui nous tiendrait par la main,

dans nos obscurités comme dans la lumière ?

 

6 Moi, le Vivant, je t’ai appelé pour la justice

et je te prends par la main.

 

Et je te préserve, je te garde, pour faire de toi l’alliance du peuple, la lumière de l’humanité.

 

Cette grande dame que j’ai rencontrée passera Noël seule. Ses deux fils sont mariés et avec ses deux belles-filles, le courant n’a pas vraiment passé. Entre elles non plus d’ailleurs. Depuis que les petits-enfants sont grands, chacun passe Noël de son côté. De l’autre côté de la mer si possible même, au soleil.

 

Les clichés ont la vie dure, alors quand son fils a pris congé, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si ce n’était pas un peu difficile, quand même, Noël, toute seule…

elle m’a répondu :

« vous savez, le temps de l’Avent pour moi a duré presque 30 ans, mais maintenant, Noël, c’est un des plus beaux jours de l’année.

Je vais partir bientôt pour ma plus grande aventure, mais en attendant, chaque Noël,

c’est un vrai rendez-vous !

 

Je l’ai laissée avec le livre d’Esaïe, et j’entends encore sa voix me dire :

 

« quelle lumière, oui, et quelle joie !

Il y a de la joie partout pour qui sait où la trouver.

Dieu est bien plus que tout ce que nous pouvons en dire vous savez, et la vie tellement plus grande,

c’est inouï ! »

 

Et en écho, la voix de l’Eternel :

Et je te préserve, je te garde, pour faire de toi l’alliance du peuple, la lumière de l’humanité.

 

 

Amen

[1] Esaïe 9, 1-2

[2] Natzar : garder, préserver, respecter. Un nom commun est formé de cette même racine qui veut dire pousse, rejeton.

[3] Les deux traductions sont possibles !

[4] Esaïe 42,16

[5] Esaïe 60, 1-3